Je me transforme en monstre. Une créature oublieuse des sentiments humains et des besoins des autres. Une bête assoiffée obsédée par son besoin. Un manipulateur aux désirs dominateurs stériles. La transformation ne s'est pas encore assez achevée pour que j'aie peur, mais je ressens comme un appel de ma chair; il n'y a qu'un pas à franchir pour me libérer, et cet acte de libération me semble si nécessaire...Si vital. A la fois repoussant et ignoble, et attirant comme une sagesse infinie. Et d'envisager cette libération qui serait une porte ouverte à tant d'autres choses, je me sais odieux et en dehors des normes, en dehors de l'acceptable. Et il y a toute cette mélasse qui tourne depuis des années. Y mettre fin une bonne fois pour toutes. Il faut trancher dans le vif et percer l'abcès. Une purification, alors que je me corromps. Je sens une faiblesse incommensurable qui s'empare de mon âme. Elle s'écroule sur elle-même. Je sens ma bête qui m'appelle, et je ne veux pas lui faire défaut. Je voudrais me livrer à mes plus bas instincts...Et oublier mon identité. Oublier qui je suis, ce que je suis, ce que j'ai été, et ne pas penser à ce que je serai. Je me vois comme incapable de tout action louable. Une véritable action valable qui mériterait un peu de reconnaissance. Je ne parle pas de piédestal ou de gloire. Non, juste un " tu as bien fait", qui serait justifié, qui aurait une quelconque raison d'être. Toute félicitation est futile, en regard à tous les défauts qui nous entourent. Je les sens qui me dévorent le visage, les entrailles...La vermine me ronge le coeur. Je me ronge le coeur. Se réveiller, se réveiller et clouer la mâchoire de la bête avec un grand clou, la clouer à ma porte comme trophée. Je m'imaginais en commençant cette partie, que ce serait la bête qui parlerait à travers mes doigts sur les touches. Je la sentais qui voulait s'exprimer et tenter de repousser plus loin hors de moi tous ces gens, qui restent. Qui restent malgré tout ce que je leur ai fait. Tout ceux qui ne disent pas " vas te faire foutre". Il n'y a aucun mot ou aucun présent pour récompenser ça. Insupportable, incapable, et ils restent, et ils respirent un grand coup et ils affrontent la bête qui tire mes ficelles. Et ils expliquent, et ils me montrent, et ils me tolèrent autour d'eux, et ils font tant d'autres choses! Ca me donne le tournis, rien que de penser à tout ce qu'ils font alors que je reste les bras croisés à attendre que tout me tombe dans le bec. Comment n'en ont-ils pas définitivement MARRE? Je suis perdu face à cette question.
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